Paris—SpaceX a annoncé le lancement d’AI1, son premier satellite-data center, avec l'ambition d'en déployer jusqu'à un million en orbite. Alors que les besoins en calcul de l'intelligence artificielle se heurtent à des limites structurelles sur Terre, les centres de données embarqués dans l’espace constituent-ils une réponse sérieuse ? C’est l’objet du dernier rapport BCG, intitulé « Beyond Terrestrial Limits », qui distingue les tâches d'IA ayant intérêt à tourner en orbite et celles qui doivent rester sur Terre.
Un marché réel, mais limité à certains usages
- BCG modélise trois scénarios à horizon 2040. Dans le scénario le plus probable, les centres de données spatiaux capteront 10 à 15 % du marché mondial d'ici 2040, pour un chiffre d'affaires annuel estimé entre 240 à 320 milliards de dollars. Autrement dit, environ une tâche d'IA sur huit serait traitée en orbite.
- Les usages les mieux adaptés à l'espace sont les tâches tolérant un léger délai de réponse (IA grand public), le traitement de données sensibles qui ne doivent pas transiter par des réseaux étrangers, et l'analyse des données collectées directement par les satellites.
- Les usages qui restent sur Terre englobent les tâches qui exigent une réponse instantanée et l'entraînement des grands modèles.
Le vrai obstacle est le coût, pas la technologie
- Sur le plan technique, un déploiement à grande échelle semble atteignable d'ici 5 à 10 ans, mais l'étude identifie six verrous technologiques : le coût de lancement ; le refroidissement ; l'autonomie des batteries ; la tolérance aux radiations ; la connectivité et la maintenance en orbite.
- Mais le vrai obstacle est économique. Aujourd'hui, un centre de données spatial coûte 2,5 à 3 fois plus cher qu'un centre terrestre sur 20 ans. Même dans le meilleur scénario, avec des lancements moins chers et des satellites plus légers, cet écart ne se réduit qu'à environ 1,5 fois d'ici 10 ans : l’espace restera plus cher que la Terre.
- Contre toute attente, le lancement ne représente que 18 à 22 % du coût total. Le poste le plus lourd est la puce graphique embarquée (45 à 55 %) : des fusées moins chères ne suffiront donc pas à combler l'écart.
Les opérateurs qui maîtrisent toute la chaîne, de la fabrication du satellite jusqu'à l'exploitation des données, ont un avantage structurel décisif : chaque intermédiaire supplémentaire capte une marge de 20 à 30 %.
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