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Les infrastructures d’IA constitueront l’un des atouts les plus déterminants de la prochaine décennie, et le monde ne va pas en construire suffisamment. Ce déficit s’explique par des délais de réalisation qui se comptent en années, des contraintes en matière d’énergie et d’espace sur les marchés saturés, ainsi que par une demande en capacité de calcul qui dépasse l’offre.

Pour le Canada, cet écart ne représente pas une menace. C’est un marché.

Le Canada a les atouts pour s'imposer parmi les pays qui sauront combler ce déficit, à condition d’agir avec détermination. Une énergie à coût compétitif, des terrains disponibles en abondance, un climat d’investissement stable et d’importants capitaux institutionnels lui donnent les moyens de rivaliser sur le marché mondial des infrastructures d’IA en tant que propriétaire et exportateur de capacité de calcul.

La demande mondiale en capacité de calcul pour l’IA générative devrait sextupler d’ici 2030, passant à environ de 20 gigawatts à prèsque 120. Même si les États-Unis sont en passe de construire une capacité de calcul considérable et que le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Émirats arabes unis et le Japon développent eux aussi rapidement leurs capacités, jusqu’à 15 % de la demande pourrait ne pas être satisfaite. (Voir l’annexe 1.)

Une occasion pour le Canada d'accroître sa part mondiale de la capacite de calcul

Les enjeux sont considérables. Tout comme les routes, les ponts et les réseaux de fibre optique, les centres de données dédiés à l’IA constituent des infrastructures essentielles dont dépendent de plus en plus les économies et les gouvernements pour fonctionner. La ville de Québec déploie déjà des feux de circulation contrôlés par l’IA, et des déploiements similaires sont en cours dans des systèmes à enjeux élevés partout au pays. À mesure que l’IA s’intègre de plus en plus aux réseaux électriques, aux systèmes financiers, au secteur de la santé et à la défense nationale, un pays incapable de traiter ses charges sensibles sur des infrastructures nationales se retrouve exposé. Les questions relatives au lieu d’exécution des charges de travail, à la localisation des données et à la juridiction dont elles relèvent ne feront que gagner en importance.

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De la souveraineté de l’IA à la résilience

La souveraineté de l’IA couvre l’infrastructure, les logiciels, les données et la sécurité, ainsi que les facteurs transversaux. (Voir l’annexe 2.) La souveraineté sur l’ensemble de la chaîne, c’est-à-dire la capacité d’exercer un contrôle effectif à tous les niveaux, reste hors de portée pour la plupart des pays. Une étude du BCG Institute menée dans plus de 30 pays a révélé que même les pays disposant de ressources importantes ont eu du mal à maintenir le contrôle sur chaque couche, sans parler de l’ensemble de la pile. La couche infrastructurelle pose un défi particulier, car la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs est profondément mondialisée, ce qui crée des dépendances que peu de pays sont en mesure d’éliminer totalement. Par exemple, les efforts de l’Allemagne pour ancrer la fabrication de semi-conducteurs de pointe sur son territoire, soutenus par près de 10 milliards d’euros de subventions publiques, ont finalement échoué face aux pressions mondiales sur les coûts et aux dépendances vis-à-vis des fournisseurs.

Les trois piliers de la souverainete en matiere d'IA, soutenus par des facteurs facilitants transversaux

L’objectif le plus réalisable et le plus durable est la résilience. Comprendre où se situent les principaux avantages concurrentiels d’un pays, et se forger une position fondée sur ces atouts, permet de consolider les domaines dans lesquels un pays peut s’imposer, tout en gérant ses dépendances dans les autres domaines. Le Canada a peu de chances de se lancer dans la fabrication de puces électroniques, mais il pourrait jouer un rôle important dans l’approvisionnement en ressources nécessaires à leur production, renforçant ainsi sa résilience là où la souveraineté est impossible. Les pays qui coordonnent leurs efforts avec des partenaires de confiance à différents niveaux du secteur de l’IA peuvent, ensemble, atteindre un niveau de résilience supérieur à celui que chacun pourrait atteindre individuellement. La capacité de calcul nationale est le fondement de la résilience, car le contrôle de la capacité de calcul sous-tend toutes les autres couches du secteur de l’IA et détermine la capacité d’un pays à poursuivre ses activités en cas de perturbation. Une capacité de calcul contrôlée au niveau national, fonctionnant dans le respect des cadres juridiques locaux et protégeant les données locales contre toute contrainte étrangère, est essentielle à la sécurité nationale et économique. Une infrastructure nationale solide est également un moteur de l’innovation dans le domaine de l’IA : l’écosystème composé de jeunes entreprises, de chercheurs et d’entreprises qui génèrent de la propriété intellectuelle et de la valeur économique a besoin d’une capacité de calcul fiable, abordable et gérée localement pour se développer. La bonne nouvelle, c’est que le Canada dispose d’un accès immédiat aux ressources nécessaires à la mise en place d’une telle infrastructure.

La position du Canada : une capacité nationale à portée de main, une occasion d’exportation au-delà des frontières

Le Canada dispose aujourd’hui d’une capacité de 0,3 GW en centres de données dédiés à l’IA. Pour répondre aux besoins nationaux d’ici 2030, il faudra environ 1,3 GW. Des projets portant sur une capacité de 3,5 à 4 GW sont déjà prévus, et les pouvoirs publics s’engagent à les soutenir : la Stratégie souveraine de calcul pour l’IA de 2025 et la Stratégie IA pour tous de 2026 prévoient des financements de plusieurs milliards, notamment pour les infrastructures nationales dédiées à l’IA. Cet ensemble de projets, s’il est mis en œuvre dans le cadre de structures de propriété et de gouvernance canadiennes, permettra de couvrir largement la demande nationale. Le principal enjeu réside dans les exportations : on estime ce potentiel à 1,7 GW dans le scénario prudent, et jusqu’à 6,7 GW dans le scénario optimiste. Pour tirer pleinement parti de cette occasion, le Canada aurait besoin de 4 GW supplémentaires par rapport à l’ensemble des projets actuellement annoncés. (Voir l’annexe 3.)

Possibilité d'une capacité d'exportation supplémentaire, au-delà de l'offre annoncée

Pour mettre en place cette capacité d’ici 2030, il faudrait une collaboration étroite entre les secteurs privé et public afin de garantir la disponibilité des ressources essentielles : capital, puces électroniques, énergie à un prix abordable, terrains disponibles, demande en capacité de calcul et soutien des parties prenantes, notamment les Premières Nations.

Comprendre l’opportunité qui s’offre au Canada

Les avantages du Canada sont les plus difficiles à reproduire. Il dispose d’une électricité compétitive, de terrains disponibles, de capital avec l’envergure et la patience nécessaires pour des actifs à long terme, ainsi que d’un profil de risque géopolitique stable. Ses faiblesses se situent au niveau de l’exécution, où les autorisations et la rapidité de mise en service accusent un retard par rapport aux marchés comparables. (Voir l’annexe 4.) Ces atouts sont répartis entre différents acteurs – services publics, opérateurs télécommunications, fonds institutionnels, pouvoirs publics – et aucun d’entre eux ne peut à lui seul développer ce marché.

Le Canada est bien place pour etre competitif en matiere d'infrastructures d'IA

Ces acteurs créent l’opportunité, mais les intervenants gouvernementaux et communautaires sont essentiels à une exécution réussie. Leur soutien dépend de la capacité à assumer pleinement les arbitrages nécessaires. Les 3,5 à 4 GW déjà annoncés nécessiteront entre 80 et 110 milliards de dollars d’investissements en capital rien que pour les centres de données, sans compter les travaux de modernisation du réseau électrique. Ce capital pourrait être affecté à d’autres projets. Les parties prenantes devraient mettre en balance les investissements dans les centres de données et d’autres priorités, et veiller à ce que la valeur économique générée reste au Canada.

Les centres de données sont des actifs à haute productivité, mais ils ne nécessitent pas beaucoup de main-d’œuvre une fois construits, et leur empreinte environnementale en termes d’énergie, d’eau et de terrain est importante. Les collectivités qui accueillent ces installations devraient avoir des attentes réalistes tant en matière d’emploi à long terme que d’impact environnemental local. Chaque gigawatt affecté à la capacité de calcul est un gigawatt qui n’est pas disponible pour le logement, le développement industriel ou l’électrification, à moins d’être compensé par une nouvelle capacité de production. Les nouvelles charges importantes raccordées au réseau risquent de faire grimper les coûts pour les abonnés actuels, mais lorsque la nouvelle capacité de production est supplémentaire, les avantages d’un réseau plus vaste et plus fiable profitent à l’ensemble de la population. La question n’est pas de savoir s’il faut développer des infrastructures d’IA, mais si le Canada peut le faire de manière à créer de nouvelles capacités, à répartir largement les bénéfices et à favoriser les retombées nationales.

Les mesures à prendre dès maintenant

Les meilleures pratiques mondiales visant à accélérer le déploiement des infrastructures d’IA mettent en avant quatre thèmes :

Un appel à l’action

La capacité de calcul nationale protège le Canada contre les perturbations géopolitiques. L’infrastructure d’IA axée sur l’exportation positionne le Canada comme un chef de file mondial dans l’économie de la capacité de calcul. La propriété canadienne et un écosystème d’IA prospère créent une productivité durable et une croissance économique.

Le monde ne développera pas suffisamment de capacité de calcul au cours de la décennie à venir. Le Canada a l’occasion de construire plus qu’il n’en a besoin. Les intrants sont disponibles, les projets sont déjà recensés et le capital existe.

Ce qui fait défaut, c’est le temps. Les délais de production et de transmission se comptent en années ; les positions d’exportation de 2030 se décident maintenant. Le Canada a aujourd’hui l’occasion de s’assurer un approvisionnement national résilient en capacité de calcul tout en exportant cette capacité vers les marchés mondiaux.