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La régionalisation du commerce mondial redessine la carte des échanges économiques

Phénomène inédit depuis la fin de la guerre froide, la croissance du PIB mondial devrait être plus importante (+3,1 %) que celle du commerce global de marchandises (+2,8 %) dans les dix années à venir. De nombreux facteurs géopolitiques favorisent une régionalisation accrue des échanges, comme le montre une analyse inédite du BCG.

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PARIS—Alors que l'économie s'adapte aux pressions et perturbations économiques et géopolitiques persistantes, les routes du commerce mondial évoluent et celui-ci se régionalise. Au cours des dix prochaines années, le commerce mondial connaîtra une croissance plus faible que celle du PIB mondial, ce qui représente un revirement majeur par rapport à la tendance observée depuis la fin de la guerre froide. Selon un nouveau rapport du Boston Consulting Group (BCG) intitulé « Jobs, National Security, and the Future of Trade », le commerce mondial des marchandises devrait ainsi croître de 2,8 % par an en moyenne jusqu'en 2032, alors que le taux de croissance du PIB mondial est, lui, estimé à 3,1 % pour la même période. La valeur réelle des échanges commerciaux de l'Union européenne devrait, elle, augmenter de 2,1 % par an pour atteindre 16 300 milliards de dollars d'ici à 2032.

L’émergence et le développement croissant de couloirs commerciaux régionaux ont un retentissement sur les voies commerciales jusqu’ici florissantes reliant la Chine et les États-Unis ou la Chine et l’Union européenne.

« Le commerce mondial est en train de changer et la carte autrefois familière se redessine sous nos yeux », a déclaré François Candelon, directeur monde de BCG Henderson Institute. « Nous sommes passés d’une logique de circuit de formule 1 où le niveau des coûts de production façonnait les chaînes de valeurs à une logique de rallye où l’assurance et la résilience des chaînes sont prioritaires » 

L'étude met en évidence six dynamiques émergentes qui vont structurer le commerce mondial au cours des dix prochaines années.

  • L’Amérique du Nord se renforce. Les échanges commerciaux entre les États-Unis et leurs voisins (Canada, Mexique) devraient augmenter de 466 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie. Ces pays vont bénéficier des retombées de l'accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA). Les investissements américains dans les industries stratégiques, favorisés par l’Infrastructure Investment and Jobs Act (IIJA) ou l’Inflation Reduction Act (IRA) contribuent également à renforcer les capacités locales.
  • L’Europe se rapproche des États-Unis. L'avenir commercial de l'UE sera marqué par un renforcement des liens avec les États-Unis, les échanges de biens devant augmenter de 38 %. L'UE connaîtra également une croissance sur les marchés émergents, notamment l'Inde (66 %) et la Turquie (23 %). Des politiques telles que le « Green Deal » de l’UE incitent les entreprises européennes à utiliser davantage de sources d'énergie bas carbone en localisant la fabrication plus près de chez elles, ce qui retentit sur le commerce.
  • Les échanges avec la Chine vont ralentir. Les tensions commerciales persistantes et les barrières commerciales croissantes pèsent sur le commerce entre la Chine et l'Occident. Les échanges entre les États-Unis et la Chine devraient chuter de 197 milliards de dollars entre 2022 et 2032. Les échanges entre l'Union européenne et la Chine devraient continuer de croître, mais sur un rythme moins soutenu.
  • Les relations avec les pays d’Asie du Sud-est vont s’intensifier. Ces derniers comptent parmi les plus grands gagnants du nouvel ordre commercial mondial. Le commerce cumulé au sein de L’ASEAN (Association des Nations de l’Asie du Sud-Est) augmentera de 1 200 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Cette zone devient, en effet, une destination clé pour les entreprises cherchant à réduire leur dépendance à l'égard de la Chine en matière de fabrication et d'approvisionnement. Les exportations de L’ASEAN vers le monde entier sont portées par une population jeune et dynamique, une grande diversité économique et une attitude neutre envers les grands blocs géopolitiques.
  • L'Inde est parée au décollage. L'Inde bénéficie d'une structure de coûts peu élevés, d'une main-d'œuvre de plus en plus compétente et d'une logistique performante. Son marché intérieur est porteur. Elle devient elle aussi une alternative à la Chine pour l'industrie manufacturière mondiale. Le commerce extérieur de l’Inde devrait croître de 6,3 % par an en moyenne, soit plus du double de la moyenne mondiale.
  • La Russie réoriente ses échanges. Une grande partie des échanges commerciaux de la Russie s'est reportée vers les autres pays du BRIC (Brésil, Chine, Inde et Afrique du Sud). Tandis que le commerce de la Russie avec la Chine et l'Inde augmentera respectivement de 134 milliards de dollars et de 26 milliards de dollars d'ici 2032, son commerce avec l'UE diminuera de 222 milliards de dollars.

« La géopolitique est l’un des principaux catalyseurs de ces changements », rappelle François Candelon. « L’année 2024 sera marquée par de nombreuses élections importantes. La moitié de la population mondiale va être appelée à voter. Nous nous attendons à ce que les politiques industrielles continuent de privilégier la sécurité économique nationale, la création d'emplois et l'énergie verte. Cela va contribuer à renforcer les groupements commerciaux régionaux, en particulier en Amérique du Nord, dans l'Union européenne et dans l'ASEAN. »

Si la Chine demeure le premier exportateur mondial de produits manufacturés, elle perd en compétitivité et son économie intérieure ralentit. Les entreprises du reste du monde commencent à réviser leur chaîne d'approvisionnement en conséquence. Les premiers à en bénéficier seront les pays de l’ASEAN et l’Inde. Le commerce entre l'ASEAN et la Chine va donc connaître une croissance estimée à 616 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, et le commerce entre l'ASEAN, les États-Unis et le Japon augmentera également de plus de 200 milliards de dollars.

« Il ne s'agit pas d’un épiphénomène. Ces bouleversements dans les schémas commerciaux sont en train de remodeler l'économie mondiale. Les entreprises doivent en tenir compte rapidement. » poursuit François Candelon. « Les plus avancées investissent déjà pour renforcer la résilience de leur chaîne d'approvisionnement et se doter des moyens de mieux gérer les risques, y compris sur le plan de la cybersécurité. »

Méthodologie

La modélisation des flux de marchandises à l’échelle mondiale a été mise au point par une équipe d'experts du BCG spécialistes du commerce mondial, des institutions financières et de l'analyse de données. Elle est actualisée chaque année. Ce modèle utilise des corrélations historiques et l'intelligence artificielle (IA) pour créer des prévisions sur 10 ans, en utilisant 500 millions de données issues d’indicateurs macroéconomiques comme le PIB, la population, le chômage, la consommation publique et privée, les taux de change, d'inflation et d'intérêt bancaire, et le déflateur du PIB. Les données proviennent de sources gouvernementales, d’institutions financières internationales et de sociétés spécialisées dans l'analyse économique.

Le modèle couvre plus de 250 pays exportateurs dans 14 régions clés et plus de 5 000 produits physiques ou marchandises dans 22 secteurs industriels. Les valeurs commerciales sont exprimées en termes réels, sur la base de taux de change flottants. Un déflateur est utilisé pour réduire l'impact de l'inflation sur les valeurs des exportations.

En 2023, le modèle a intégré plusieurs améliorations :

  • Les valeurs commerciales sont indexées sur 2010 pour réduire la volatilité d'une année sur l'autre, conformément aux meilleures pratiques des organisations intergouvernementales.
  • L'IA et l'apprentissage automatique ont été utilisés pour créer un modèle plus détaillé en suivant neuf variables macroéconomiques différentes sur une période de 20 ans.
  • Les impacts des nouveaux accords commerciaux, des guerres commerciales, des conflits militaires et des relations entre les pays, ont été pris en compte.

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À propos du Boston Consulting Group (BCG)

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